Au Sri Lanka, le « train du thé » reprend du service

Après plusieurs mois de travaux, des tronçons de la ligne ferroviaire la plus spectaculaire du pays rouvrent ce mois de juillet. Une opportunité d’admirer à nouveau les splendides paysages de montagnes et de plantations de thé entre Nanu Oya et Badulla, au cœur de l’île, à bord de trains authentiques.

Cela faisait plusieurs mois qu’elle était fermée. Lors du passage du cyclone Ditwah en novembre 2025, des sections de la voie ferrée entre Nanu Oya et Badulla, au sud-est de Kandy, avaient subi des dégâts majeurs, dus notamment à des affaissements de terrains. Après plusieurs mois de travaux, les autorités viennent d’annoncer leur réouverture complète. Il est donc à nouveau possible d’embarquer à Nanu Oya pour rejoindre Badulla, en passant par Ella et Demodora.

Émerveillement "cinématographique"

Derrière ces villes et ces villages des hauteurs du Sri Lanka se cache le parcours ferroviaire le plus vertigineux de l’île. En se glissant au cœur des montagnes, l’itinéraire révèle de magnifiques paysages de sommets verdoyants, de versants tapissés de cultures théières et de vallées, au gré du franchissement de ponts et de tunnels spectaculaires.

La portion du parcours située entre Nanu Oya et Demodora est la plus célèbre. Durant 3 heures, collines de thé, villages de montagnes, cascades et vallées étroites s’enchainent à travers les vitres, un émerveillement « cinématographique » confirmant que le surnom de « train du thé » donné à la ligne est tout sauf usurpé.

"Bridge in the sky"

Parmi les ouvrages exceptionnels de cette portion, le Nine Arch Bridge est en tous points remarquable. Ce « pont des neuf arches », surnommé aussi « Bridge in the sky », se trouve à une poignée de kilomètres de la ville d’Ella. En courbe et mesurant près de 100 m, bâti en pierres et en briques, c’est, à 1 000 m d’altitude, le plus haut pont du pays.

Il surplombe une vallée entourée de plantations de thé et se nimbe parfois d’une brume romantique. Sa réputation tient beaucoup aux centaines de personnes qui s’y rendent en taxi ou en tuk tuk depuis Ella pour photographier le passage du train, devenu une véritable icône sur Instagram.

Axe de vie et de communication

L’intérêt du voyage se trouve aussi dans le train. À bord de rames emblématiques comme l’Ella Odyssey, l’Urudata Menike ou le Podi Menike, on croise des Sri-Lankais rendant visite à des proches ou en partance pour quelque marché.

La ligne est en effet un axe de vie et de communication entre les villages d’altitude (Ohiya, Idalgashinna, Haputale, Diyathalawa…), contribuant à la vie économique de cette région et à « l’oxygénation » de « villes-centres » comme Bandarawela, Ella et Badulla, terminus de la ligne.

Axe Kandy-Nanu Oya encore fermé

L’accès à ce « train patrimonial » se fait de préférence sur réservation. Depuis la reprise du service, deux trains par jour sont assurés depuis Nanu Oya.

Il faut noter que le segment Nanu Oya-Badulla est en réalité la prolongation de la ligne ferroviaire venant de Colombo. Très emprunté par des touristes du monde entier sur l’axe Colombo-Kandy, la ligne est suspendue au-delà, le tronçon entre Kandy et Nanu Oya n’étant pas encore rouvert à l’heure d’écrire ces lignes.

Origine économique de la ligne

Si le train est si spectaculaire entre Nanu Oya et Badulla, c’est aux Anglais qu’on le doit. Construit au XIXe s. lorsque les représentants de Sa Majesté étaient maîtres de l’île, son origine fut d’abord économique avant d’être touristique.

La ligne fut en effet construite pour permettre l’acheminement vers Colombo du café, du thé et des légumes que les Anglais avaient plantés dans les montagnes sri-lankaises, profitant d’un climat humide favorable. La ligne servit aussi au transport du caoutchouc extrait des hévéas, au transport du courrier et bien sûr à celui des voyageurs.

Tâche titanesque

Un premier tronçon de Colombo à Kandy est inauguré en 1867. Sept ans plus tard, il est prolongé jusqu’à Nawalapitiya, une quarantaine de kilomètres au sud de Kandy. Il faut attendre 1885 pour que la ligne rejoigne Nanu Oya, qui devient le terminus de l’itinéraire.

Reste le défi de traverser les montagnes pour gagner Badulla. Avec ses roches dures, ses dénivelés, ses vallées, ses ravins à franchir et son climat humide d’altitude, la tâche est titanesque.

Près de soixante ans de construction

Les ingénieurs ferroviaires britanniques s’y emploient pas à pas. En 1894, la ville de Bandarawela est touchée. Le rail est pour cela passé au point le plus haut de son parcours, à Pattipola, à 1 888 m d’altitude.

Reste alors à gagner Badulla, chose faite en 1924, soit presque soixante ans après le lancement de la ligne à Colombo. Hormis le viaduc de Nine Arch Bridge, construit durant la Première Guerre mondiale, des dizaines de tunnels sont percés, de nombreux ponts sont jetés entre des vallées, des pentes sévères sont calculées au plus juste, et des virages serrés sont dessinés… 

Avant les plages du sud, vers Galle et Matara

Ce chef-d’œuvre d’ingénierie fait toute la richesse du parcours aujourd’hui. Il peut être un excellent complément aux circuits proposés au cœur de l’île, une option que choisissent de nombreux voyageurs pour découvrir les sites emblématiques de Sigiriya et de Dambulla, avant de terminer le séjour dans un des hôtels-resorts bordant les plages dorées du littoral sud, du côté de Galle et de Matara.

Le train est l’aventure ressuscitée d’un voyage au Sri Lanka !

Dernière mise à jour : 28/07/2026

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